








LA VIEILLE
Février 2021, une comédienne de la troupe cherche un rôle de VIEILLE à jouer. Elle tombe sur « La Vieille qui Marchait dans la Mer », et ça lui plaît. Ça tombe bien, c’est du San-Antonio. Elle voit que Katia Scarton-Kim en a fait une adaptation, et lui en demande le texte qu’elle veut bien nous confier. Didier (qui joue Pompiius) et Anne-Marie (qui joue Lady M) réduisent encore le texte pour arriver à une pièce d’une heure environ.
Nous recherchons donc un jeune pour jouer Lambert, et Sylvain (un ancien du Boulet) se propose spontanément. Nous attaquons donc les répétitions en mai 2021, chacun choisit ses costumes et ses accessoires.
Nous jouons la création le 2 octobre à Colomiers, 3 représentations suivent dans des festivals à Thuir, Nogaro et Castanet.
C’est moi-même qui assure la mise en scène et les lumières. Je choisis 3 espaces : le LIT, le TABOURET, la BAIGNOIRE, avec pour chacun une face et une douche, et des contres LED. Il y a de la musique (au piano par Masami pour la création) sur les NOIRS, puis des VOIX OFF, en expérimentation. Changements de costumes entre les scènes.
ACTE 1 en Guadeloupe Début du spectacle devant la scène sur la plage avec des lumières bleutées. Puis, au centre, sur le TABOURET, pour les 2 scènes suivantes. Ensuite, Lady M et Pompilius, en avant-scène, se rejoignent au centre. Puis, scène du resto où Lambert va s’asseoir dans le public et revient.
ACTE 2 à Marrakech Au centre, sans le tabouret, se termine par une douche sur Pompilius. 1ère scène du LIT, à jardin, entre Lady M et Lambert. Au centre, au PALAIS, Pompilius arrive seul, puis Lady M, puis Lambert vole le diadème et scène de la FOURCHETTE. Sur le LIT, Lady M et Lambert, remplacé par Pompilius, qui fait un strip-tease sous la douche centrale, puis se rhabille. Au centre, Lady M frappe Lambert avec la guitare dans sa housse, puis se traîne à terre. Scène de la BAIGNOIRE, Lady M fait une fellation à Pompilius, lui crache au visage, et l’accuse du vol du diadème. Suicide de Pompilius avec le rasoir, sous la douche centrale. Chant « Si toi aussi, tu m’abandonnes ».
Acte 3 à Marbella Sur le LIT, puis au CENTRE, puis à la BAIGNOIRE, Lady M revit ou invente ses actions passées (fille de notaire à Valence, bouquetière à Nice, fille de ferme en Normandie). Pompilius réapparaît même pour une valse, sous la douche centrale. Elle finit ses élucubrations sur le TABOURET et sous la douche. Fausse sortie. Retour en devant de scène sur la PLAGE, et sortie définitive. Musique de la PLAGE.
La critique judicieuse de Michel Bergnes, Ami de San-Antonio :
Hier au soir, samedi 2 octobre 2021, 21h, à l’auditorium Jean Cayrou de Colomiers, s’est jouée dans le cadre du « Festival d’art Dard » initié par notre ami Jean Luc Brunel la pièce de théâtre: « La vieille qui marchait dans la mer. ». Public nombreux à large majorité féminine, un peu frileux au départ (on n’applaudit pas les entrées)…qui va se dégeler bien vite ! L’adaptation est plus proche du roman que le film célèbre avec Jeanne Moreau et Michel Serrault.
Une réussite, trois acteurs au plus près des personnages du roman de Frédéric Dard. Pompilllus, sûr de lui, sarcastique à souhait, fantaisiste, avec la nuance de grotesque nécessaire pour cacher sa détresse. Un Lambert naturel, avec un jeu simplissime, dépouillé, très convaincant. Et une Lady M étonnante qui porte son rôle difficile à la perfection et rend crédible les outrances du personnage, exploite très bien et fait ressortir le comique et surtout le tragique de sa situation.
Dans un décor minimaliste et une mise en scène sobre, la pièce rend bien le fond du sujet, car après avoir ri des facéties et des outrances de langage, reste le désespoir dû aux outrages de l’âge qui est le propos du roman. Et c’est bien le ressenti que j’en ai eu.
Bravo à l’initiateur, à l’adaptatrice et aux acteurs.













































Lorsqu'on demande à Stephen King, le fameux romancier américain, pourquoi il a choisi d'écrire sur des sujets aussi macabres, il répond: "Qu'est-ce qui vous fait penser que j'ai le choix ? ". Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout ! Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque. Je ne me doutais pas que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut-être même dépasser certaines limites. Mais je ne regrette rien.
Quand on est capable de tout, il faut le prouver.
San-Antonio
Quelle est cette femme étrange, cernée par les années, qui, chaque jour que dieu fait, habillée, maquillée, en chapeau et bijoux, quitte son bungalow d'une plage de Guadeloupe, rejoint à pied la mer, appuyée sur sa canne, et trouve Lambert, jeune homme blond, plagiste, qui lui prête son bras et l'accompagne quelques dizaines de mètres pour marcher à pas lents, immergée jusqu'a la taille.
D’apres le roman de San Antonio.
Octogénaire, Lady M. cultive l'élégance fanée des courtisanes de grande classe et les regrets de ses splendeurs passées. Chaque matin, elle entre en marchant dans la mer, au bras d'un plagiste de soixante ans son cadet. Que le jeune éphèbe en profite pour lui barboter ses bagouzes n'a rien pour déplaire à la vieille : l'arnaque bien menée fut l'affaire de sa vie, et les dispositions du mignon éveillent en elle l'idée d'en faire son élève. Comme un baroud d'honneur. Sur un air de chair triste et de dernier tango.
Lady M., une vieille femme riche et excentrique, passe ses vacances en compagnie d'un diplomate fané, Pompilius Senaresco. Elle jette son dévolu sur Lambert, un jeune plagiste doté de toutes les qualités du gigolo. Bientôt folle de cet ambitieux apollon, Lady M. le met au fait de ses fructueuses escroqueries, sous les yeux furibonds de Pompilius, aussi impuissant que jaloux.
Lady M. est une championne de l’arnaque. Depuis toujours, elle plume avec finesse et élégance les plus célèbres magnats de la planète, les plus riches gogos mondains, non sans les avoir laissés se rouler à ses pieds. Car Milady fut une formidable bête d’alcôve. Ses exploits sont contés par le menu au cours des impudiques confessions qu’elle adresse au Seigneur. Mais ne jugeons pas trop vite : plus que cupide, Lady M. est une artiste. Aujourd’hui, elle parcourt le monde au côté d’un ancien diplomate roumain. Il fut son amant, il est resté son complice. Seulement voilà, Lady M. vieillit. A 85 ans, il lui faut désormais prendre appui sur une canne, marcher dans la mer pour calmer l’arthrose qui la martyrise. C’est là qu’elle rencontre Lambert. Un plagiste paresseux, désoeuvré, qui ne sait que faire de sa jeune vie. Soixante ans les séparent. Qu’importe ! Milady décide de prendre le godelureau sous son aile et d’en faire son égal – à défaut de pouvoir en faire son amant. C’est le début d’une initiation fantasque et délirante. Lady M., refusant de se laisser lentement réduire par la vieillesse, inspirera une passion fanatique à son jeune élève. Et leurs deux destins s’imbriqueront à merveille : elle l’arrachera à sa médiocrité, il la gardera en vie. Mais lequel des deux est l’infirme ? Les escrocs écumeront l’Europe, déjoueront les détectives en tous genres, s’attaqueront même à la Mafia. L’histoire, ici, est à double fond. Sous le vernis de l’aventure, Dard décrit les maléfices de l’âge : le jeune Lambert arrive dans la vie de Milady à l’heure de la fermeture, lorsque l’abjecte décrépitude a déjà fait son oeuvre. Pour raconter cela, Frédéric Dard se hisse au niveau qu’espèrent atteindre une fois dans leur vie tous les écrivains. Il mêle à cette odyssée extravagante et cocasse le déclin inexorable et terrible d’une femme qui fut la beauté même et retombe, peu à peu, en enfance. La pire des fins, peut-être, pour qui a converti sa vie en fête. Mais, surtout, il porte ce récit désespéré par une écriture sublime, où les effets de vocabulaire sont autant de formules qu’il nous faudrait retenir.
Article de François Busnel dans www.l’express.fr













